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31 Le blues et sa gamme pentatonique

Publié le 17 décembre 2025, par Charles-Erik Labadille

Le blues est un style musical curieux car, à la base, il ne répond pas aux « règles » de la musique occidentale. En effet, si l’accompagnement est construit avec des accords majeurs, la mélodie, elle, est jouée en mineur. De ces mélodies mélancoliques vient le nom même du genre, le blues : le cafard, la déprime. Pourtant, cette tristesse a fait recette, c’est une sorte de revanche des Noirs embarqués de force, sur les Blancs qui les ont exploités dans les plantations d’Amérique… Comme beaucoup de chansons traditionnelles, le blues est un I IV V classique, la forme « standard » étant en 12 mesures avec un changement d’accords presque « normalisé » :

I   IV   I   I   IV   IV   I   I   V   IV   I/VI    I/V.

 Il suffit de replacer le I par la tonalité souhaitée et vous obtenez votre blues. En MI, tonalité appréciée des guitaristes :

MI   LA   MI   MI   LA   LA   MI   MI   SI   LA   MI / LA  MI / SI

Eric Clapton par Wikipedia

Si c’est en SIb, tonalité appréciée des saxophonistes et des trompettistes :

SIb   MIb   SIb   SIb   MIb   MIb   SIb   SIb   FA   MIb   SIb / MIb   SIb / FA

Les accords sont souvent joués 7èmes ou 9èmes, surtout le IV et le V. C’est le cas du standard interprété avec virtuosité par George Benson en 1968 : « Low down ans dirty » sur lequel nous reviendrons.

Bien sûr, à côté de ce standard, il existe d’autres grilles de blues sinon ce serait un peu « rasoir » d’écouter le sympathique et agile Éric Clapton nous jouer toujours la même chose, même si les tonalités diffèrent ! À la guitare, les tons de MI et de LA sont les plus joués.

Quant à la mélodie du blues, elle se construit sur une gamme à cinq sons, dite gamme « pentatonique » (du grec pente = 5). Cette gamme est très ancienne et serait d’origine japonaise ou chinoise. D’ailleurs, quand on la joue sans accompagnement, on retrouve cette sonorité « asiatique » que l’on connaît bien. Dans le Livre des rites attribué à Confucius (552 – 489 av. J.-C.), un chapitre entier est consacré à la musique et à ses qualités thérapeutiques. La gamme pentatonique serait issue des 5 éléments de la médecine traditionnelle chinoise : le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau. Alors ne vous privez pas et faites-vous une petite pentatonique pour garder le moral et la santé…

Le bluesman Robert Johnson

Et c’est ce qu’on dû faire les Noirs trimant dans les champs de coton car leur musique est également fortement associée à cette gamme à 5 sons.

C’est donc une gamme mineure dont les intervalles utilisés sont les suivants :

Tonique (I), tierce mineure (IIIm), quarte juste (IVj), quinte juste (5j), septième mineure (VIIm).

En MI : mi (I), sol (IIIm), la (IVj), si (Vj), ré (VIIm).

En SIb : sib (I), réb (IIIm), mib (IVj), fa (Vj), lab (VIIm) ; et ainsi de suite…

La gamme ayant 5 notes, il en existe 5 doigtés qui se succèdent sur le manche de la guitare, pour jouer du grave à l’aigu. Apprenez-les progressivement mais déjà, avec le doigté 1, vous pourrez improviser sans trop de mal sur les 3 accords du blues : si c’est en MI, commencez le doigté 1 à la case 12 (note mi) ou à vide (note Mi) ; si c’est en LA, commencez le doigté 1 à la case 5 (note la) ; si c’est en SIb, rien de plus simple, commencez le doigté 1 à la case 6 (note Sib) et les 4 autres doigtés s’enchaînent avec le même décalage que celui du premier doigté !

George Benson par Wikipedia

Pour faire plaisir à George, voici les cinq doigtés de la pentatonique du blues en SIb, en commençant toujours par la corde la plus grave. Les chiffres correspondent aux cases jouées à raison de deux notes par corde pour assurer simétrie (et future vitesse d’exécution…). À la main gauche, on essaie d’utiliser un doigt différent par case. Ainsi, pour le doigté 1 : index-auriculaire, index-annulaire, index-annulaire… Les doigts sont notés : 1 index, 2 majeur, 3 annulaire, 4 auriculaire. Pour le médiator, tous les coups peuvent être frappés vers le bas П pour gagner en puissance, ou en aller-retour П V pour plus de fluidité.

Pour faire plaisir à George, c’est donc la pentatonique de SIb qui a été choisie ici comme modèle. Le doigté commence à la case 6 (sib). Avec le doigté 4, on peut commencer à la case 13 (fa) ou redescendre en bas du manche pour jouer à la case 1 (fa). Aucun doigté n’utilise les cordes à vide pour pouvoir les décaler dans toutes les tonalités.

Dans le ton de MI, le doigté 1 commence à la case 12 (mi) pour ne pas utiliser de cordes à vide. Le doigté 2 commence à la case 15 (sol) mais peut redescendre à la case 3 (sol). Allez, voici une « petite fleur » pour les débutants-débutants. C’est le doigté 1 mais utilisant les cordes à vide. Il est très facile à jouer car il n’est pas besoin d’écarter les doigts car on n’en utilise qu’un ! Mais attention, du fait des cordes à vide, ce doigté ne fonctionne qu’en mi et ne peut être décalé dans les autres tonalités ! Pentatonique du blues en MI avec cordes à vide et 2 notes par corde :

0  3 ; 0  2 ; 0  2 ; 0  2 ; 0  3 ; 0  3      mi sol ; la si ; ré mi ; sol la ; si ré ; mi sol

JImi Hendrix par Franceinfo

Apprenez déjà bien ces doigtés qui sont ceux de la pentatonique mineure (nous y reviendrons). Ensuite, quand vous saurez tout ça sur le bout des doigts, ajoutez une sixième note, typique du style : c’est la « note bleue », la blue note en anglais, une quinte diminuée (Vb) qui s’inscrit dans votre gamme entre la quarte juste (IVj) et la quinte juste (Vj) et donne au genre toute sa saveur :

31-06 La « blue note », tempo 60

En SIb :     sib (I), réb (IIIm), mib (IVj), fab (Vb), fa (Vj), lab (VIIm).

Enfin, comme vous savez que le morceau est majeur, vous pouvez jouer aussi la tierce majeure (IIIM) qui sera du meilleur effet liée avec votre tierce mineure (IIIm), par un slide (glissé), un hammer (marteau à la main gauche) ou un pulling of (retiré à la main gauche) : ces techniques permettent de jouer deux notes en ne frappant (à la main droite) que la première des deux. Il y a aussi le bend (tiré), très utilisé en blues et en rock, qui vous permet d’obtenir la note un demi-ton au-dessus en poussant latéralement sur la corde sans changer de case… (cf. chapitre 8). Avec cette tierce majeure en plus, la séquence devient alors, toujours en SIb :

31-07 Ajout de tierce majeure ; gamme de Lab, tempo 60

En SIb :       sib (I), réb (IIIm), ré (IIIM), mib (IVj), fab (Vb), fa (Vj), lab (VIIm)

Muddy Waters par Wikipedia

Vous voilà lancé dans l’étude des « plans » de blues que l’on peut repiquer et s’approprier à l’écoute des maîtres, par exemple les 3 kings (B. B. King…), Éric Clapton et bien sûr George Benson. Ah, George Benson ! Il va vous donner de « la corde à retordre », de la larme de désespoir, et beaucoup de plaisir à l’écoute. Bien entendu, il utilise la pentatonique, mais aussi des plans chromatiques ou encore les heptas : il s’est rendu compte tout gamin qu’il pouvait utiliser la gamme de LAb majeure heptatonique (I) sur les accords de SIbm (IIm) et de MIb7 (V7), soit l’accord I (SIbm) et IV (MIb7) d’un blues en SIb… Et quoi de mieux que la gamme de SIb mineur harmonique pour passer du V7 (FA7) au I (SIbm) ! Alors, une fois encore, si vous en avez l’occasion, écoutez le super « Low down and dirty » repris par George (extrait de l’album « Giblet gravy »). Nous pouvons vous assurer qu’il y a des « plans à piquer » là-dedans !

31-08 Un « plan » de blues en Sib, tempo 60

Grille en Sib de Low down and dirty (G. Benson)