Claude NOUGARO
Publié le 3 septembre 2026, par Charles-Erik Labadille
Claude Nougaro (1929-2004) est un auteur prolifique, encore plus que Georges Brassens. En une quarantaine d’années de carrière, ce sont près de 200 chansons qu’il a enregistrées sur une vingtaine d’albums studio et, là-dedans, pas grand-chose à jeter ! Du premier trente-trois tours sorti en 1958 (Il y avait une ville) au dernier album édité de son vivant en 2000 (Embarquement immédiat), il n’y a pas de baisse de régime et la plupart des textes sont bons, voire souvent remarquables. Et, ce qui le rapproche aussi de notre Georges national, c’est que l’humour est également souvent au rendez-vous.
Dans ce recours à l’usage des bons mots, il existe entre les deux hommes des similitudes et quelques différences. Passons-les en revue rapidement, avant de les retrouver dans le détail dans notre second article, les bons mots de Nougaro.
Comme chez Brassens, le jeu de mot, le détournement des locutions familières, le jeu avec les consonances, les doubles sens sont une véritable profession de foi. Nougaro aime à jouer avec le langage, il l’a assez répété ! Nougaro pratique aussi la mauvaise foi, la provocation, l’irrévérence et sait également s’indigner mais ce n’est pas sa principale marque de fabrique.
À l’inverse de Brassens, les références culturelles dans les textes sont moins nombreuses, ne sont pas l’essentiel, comme si cette culture allait de soi pour quelqu’un issu d’un milieu favorisé. En revanche, Claude Nougaro se distingue particulièrement dans l’art de la « chute », un art plus théâtral qu’il a particulièrement cultivé et dans lequel il excelle. Le cynisme et l’humour noir sont également plus développés chez cet homme beaucoup plus mélancolique. Et puis surtout, très différentes de chez Brassens, il y a ces « flamboyances » poétiques dans lesquelles Claude Nougaro se plonge avec délectation, par amour du mot, de la phrase qui sonnent, souvent construites sur un écartèlement entre la vie concrète et l’abstraction. Au vu de ce constat, on pourrait dire que Brassens est plutôt un humoriste poète et Claude Nougaro un poète humoriste ! Alors, deux pères pour la chanson d’humour ? Certainement, et il nous reste maintenant à nous mettre en quête d’au moins une maman, parité exige !
Sur le plan musical, Claude Nougaro est un mordu de jazz et, en général, il a préféré laisser à d’autres pointures le soin de composer pour lui. Car lui, comme le rappelle la devise inscrite au fronton du site qui lui est consacré, c’est un « Jongleur de mot, cracheur de swing », donc un parolier plutôt interprète. On ne s’en plaindra pas car la qualité est au rendez-vous de toutes ses chansons, des reprises d’excellents standards au recours à d’excellents musiciens-compositeurs. Pour nous en persuader, rappelons l’essentiel de la longue liste des artistes de jazz chez qui il a été « piocher » : Gerry Mulligan, Dave Brubeck, Baden Powell, Nat Adderley, Steve Allen, Sonny Rollins, Slide Hampton, Campbel Badiane, Robert Troup Neal Hefti, Tania Correa Reis, Gilberto Gil, Don Byas, Wayne Shorter, Thélonius Monk, Chico Buarque, Quincy Jones, Duke Ellington, Rick Ward, Lalo Schifrin, Ray Lema, Charles Mingus ;
et celle de ses proches collaborateurs : Jimmy Walter, Michel Legrand, Henri Salvador, Jacques Datin, Maurice Vander (1966-97), Michel Portal, Christian Chevallier, Jean-Claude Vannier, Eddy Louiss, Gérard Pontieux, Marc Hemmeler, Richard Galliano, Bernard Algarra, Bernard Arcadio, Aldo Romano, Fred Freed, Anyzette Orthon, Jean-Pierre Mas, Bernard Lubat, Philippe Saisse, Daniel Goyone, Sébastian Santa Maria, Claude Gaudette, Michel Colombier, Didier Lockwood, Jean Mora, Jean Marie Ecay, Laurent Vernerey, Loïc Pontieux, Arnaud Dunoyer, Yvan Cassar, Pozo Gonzales, Éric Chevalier, Marc Berthoumieux… Presque un générique de film !
Permettons-nous pour conclure de mettre tout particulièrement en avant parmi ceux-là Maurice Vander, un excellent pianiste-compositeur qui l’a accompagné pendant plus de trente années.