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Dick ANNEGARN

Publié le 6 septembre 2025, par Charles-Erik Labadille

Dick Annegarn

Dick Annegarn

L’orage par Youmatter

Commençons par Dick Annegarn, quoi de plus normal puisqu’on commence toujours par la lettre A ! Mais aussi parce que ce chanteur se réclamant de la pataphysique a depuis longtemps toute notre affection… Il faut dire que c’est aussi un guitariste « picking » hors pair (arpège avec alternance des basses jouées au pouce), au style très particulier, presque « rugueux », avec tapings, claquages des basses… Bref un musicien accompli et son jeu a enchanté toute une génération de guitaristes folk…

Né en 1952 à La Haye, ce citoyen du monde qui a écumé la planète est aussi un artiste particulièrement créatif (20 albums studio), avec une production, dans certains cas, presque instinctive : il ne faut pas alors y chercher l’élaboré, la perfection (quoique…) mais bien la spontanéité ; le pataphysicien Dick est toujours à la recherche des « solutions imaginaires », libres et impulsives.

Pochette de l'album "Sacré géranium"

Dick Annegarn est un rêveur, un poète qui malaxe, malmène la langue, mettant souvent à l’honneur des formules du parlé populaire, écorchant volontairement la syntaxe à faire blanchir ces messieurs de l’Académie Française. C’est également un auteur qui manie fort bien le second degré et l’autodérision, ce qui a tout pour nous enchanter. Dans « Bébé éléphant » (Sacré géranium, 1974), il n’est pas difficile de faire le rapprochement entre le gars un peu balourd, maladroit de naissance, paumé et cet éléphant  :

« Je suis un bébé éléphant égaré, pourriez-vous, s’il-vous-plait, me rechercher »…

« Quell’ tribu voudrait m’adopter  Je suis un égaré sans carte d’identité
Je me plierai à vos coutumes  Si vous acceptez mon volume »…

Bébé éléphant (Dick Annegarn). Extrait, Polydor 1974

C’est peut-être pour des chansons de ce genre que, même après tant d’années, son premier album est toujours aussi bon à nos oreilles…

Dick par Le Garage

Dans « Sacré géranium », ce « grand Duduche », écolo avant l’heure, qui a d’ailleurs fréquenté la faculté d’agronomie à l’université de Louvain, nous expose sa philosophie de la vie :

« Ah c’qu’on est bien dans ce jardin   Loin des engins
Pas besoin de sous pour être bien   Pas besoin de vin pour être saoul »

Sacré géranium (Dick Annegarn). Extrait

Dick par DNA

Dick serait-il également visionnaire ? En tout cas, dès 1973, il annonce dans « L’univers » de grands bouleversements auxquels nous sommes confrontés de nos jours, 60 ans plus tard :

« Citoyens qui êtes de ce monde   Fils de terre et fill’ qui les fécondent
La terr’ n’est qu’un trou dans l’univers   Un nid de fourmis un nid plein d’humains »
et plus loin :

« Relatif est notre avenir   Sa colér’ sera éphémère
Petit saut d’humeur et la terr’ ne sera plus que vapeur   Par Jupi Jupi Jupi…, Jupiter »

L’univers (Dick Annegarn). Extrait

Dans « Loin de là » (Anticyclone, 1976), la chute du premier vers est particulièrement drôle car inattendue, la suite à de quoi surprendre également…

« Loin de là… Loin de là… Loin de l’agglomération »

« Pas loin de dix ou douz’ millions    D’humanoïd’ paranoïdes…
Qui se piétinent Qui s’ignorent
 »

Pochette de l'album "Anticyclone"

Dick aime le temps, le temps qu’il fait, « L’orage », la pluie de sa jeunesse, la « Sècheresse » aussi, toujours avec des mots bien à lui :

« Nom de nom de Dieu   C’est qu’il n’y a aucun nuage
dans le ciel de bleu   Un pur paysage
De rien   Que du soleil   Et de sécheresse »

L’orage (Dick Annegarn). Extrait (album « Sacré géranium »)

Sècheresse (Dick Annegarn). Extrait (album « Anticyclone » 1976)

 

 

Dick Annegarn par Tôt ou Tard

Malgré tout cet humour, cette autodérision, n’allez pas croire que Dick Annegarn n’est qu’un « doux » rêveur. Dans la plupart de ses propos, on sent une profonde fracture au monde, une mélancolie, celle que partagent, nous allons le voir, bien des humoristes chanteurs ou, si vous préférez, des chanteurs souriants… Chez Dick, dans de nombreux titres, c’est le jeu de guitare « musclé » qui masque en partie l’amertume. D’autres se serviront d’une harmonie colorée pour rehausser des paroles plus sombres.

Ajoutons pour Dick, un dernier point d’importance, du moins à nos yeux. C’est le seul, alors qu’il a eu la célébrité en main, qui pendant toute sa carrière s’est volontairement éloigné de la lumière aveuglante des spotlights. C’est le seul « éléphant » qui a traversé le magasin de porcelaine du show-biz sans s’y arrêter. Ça mérite bien d’être signalé, quand de nos jours le moindre péquin avec un brin de voix tuerait père et mère pour être connu ! C’est aussi pour cette sagesse, cette simplicité, cette spontanéité, cette sorte de modestie qu’on l’aime beaucoup, notre Dick !