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Entre deux (version instrumentale)

Publié le 18 octobre 2025, par Charles-Erik Labadille

Pour ce deuxième volet de « Musiscopie », nous avons choisi de vous présenter la version instrumentale de la chanson « Entre deux » composée par CE Labadille en 2009 (album « Musiques sans paroles »).

Pour varier les plaisirs, nous allons procéder cette fois à l’inverse de ce qui a été fait avec le morceau précédent, « Le soleil donne ». Nous allons partir des pistes de chaque instrument, pour vous les faire écouter à l’avance, afin que vous puissiez mieux, en fin d’exercice, les isoler et les reconnaître dans l’ensemble final. Pour certains instruments, cela ne devrait plus poser de problème, mais il y a encore quelques petites nouveautés plus difficiles à cerner, nous allons voir… (ou plutôt écouter !).

Un second point mérite d’être évoqué à l’avance. À l’inverse de l’arrangement proposé pour « le Soleil donne », il n’y a quasiment pas d’instruments virtuels dans ce nouveau morceau, si ce n’est les violons (nous n’avions pas les moyens de nous offrir toute une « compagnie de cordes » comme moult chanteurs arrivés à l’apogée de leur carrière ou pour leur dernier album « revival » !) et un petit tabla à la fin du titre. Avec un peu d’expérience, cette « naturalité », cette spontanéité se décèle à l’écoute, avec des parties instrumentales plus riches qui auraient été très longues à écrire pour créer une piste « midi » (écoutez par exemple la partie de batterie beaucoup plus fine, beaucoup plus détaillée, beaucoup plus variée qu’une version « boite à rythme » ; ou la guitare solo, pleine de fioritures harmoniques et rythmiques) ; une certaine irrégularité (ou interprétation) qu’on pourrait taxer d’humaine ou de « vivante » (par exemple ce « groove » qui consiste à jouer un peu avant le temps pour donner un côté plus dynamique à l’interprétation) ; également l’absence ou tout du moins une « compression » plus raisonnée sur les instruments, procédé qui permet de « passer » le morceau sur tous les types d’écoute (de la petite radio à la chaîne Hi-fi haute gamme), de « booster » (hausser) le volume de l’ensemble mais qui aplanit, écrête, aplatit, voire écrase le son en accentuant les « pianissimo » et en abaissant les « fortissimo ».

Batterie

Batterie (drums)

Commençons par les « Drums » qui cette fois n’ont pas été disséquées instrument par instrument : on y reconnait bien les cymbales, la charley, la grosse caisse (BD ou bass drum), la caisse claire (snare drum) jouée aux balais pour un rendu plus intimiste, et les tomes.

Basse

Jean-Claude Givone par O. Gann

 

C’est le batteur Jean-Claude Givone qui assure aussi la partie de basse. Ah…, c’est beau la polyvalence ! Voilà une occasion de rendre un hommage à ce musicien particulièrement éclectique, pratiquant indifféremment batterie, basse, claviers, programmations (synthés, boites à rythme…), chant et qui, accessoirement fut batteur avec Jean-Jacques Goldman.

Basse – batterie – harmonie

Si l’on distingue toujours bien ces différents instruments (BD, snare drum…) dans un enregistrement « rythmique », cela devient plus difficile dans le mixage final où ils soutiennent l’ensemble sans « passer devant ».

Guitare acoustique cordes nylon

Guitare Taylor, nylon pan coupé

 

C’est elle qui pose la base harmonique de la chanson autour de laquelle a été conçu l’arrangement. Bien mise en avant au début du morceau, elle s’efface progressivement sous les autres guitares, les nappes de violons… C’est une guitare à cordes nylon, jouée aux doigts dans une sorte de picking (alternance de 4 basses par mesure) qui tend vers le style « bossa ». Je joue généralement sur des guitares Takamine ou Taylor.

Guitare nylon + basse + batterie

Violons (Strings)

Cordes (Strings)

 

Pas de grande nouveauté pour ces instruments ici « artificiels » (programmations) qui jouent en nappes pour rappeler et élargir l’harmonie mais reprennent et soutiennent la mélodie par endroits (refrains).

Violoncelle (Cello)

 

C’est la violoncelliste Élodie Fourré qui intervient ici en amenant un nouveau contrechant sur le refrain.

Avec les nappes de violons et la guitare, l’ensemble donne :

 

Guitare rythmique cordes acier

C’est avec cette guitare cordes acier (style Martin) magnifiée par la réverbération (réverb) et un léger effet écho qu’entre en scène Daniel Givone. Sur cette partie, il n’est pas rare que cette rythmique « dérive » en contrechants, voire en petits phrasés rapides entrelacés dans la guitare suivante.

Guitare mélodique et chorus cordes acier

Daniel Givone

 

Cette guitare, également acoustique, mais à cordes acier et jouée au médiator, est tenue par Daniel Givone, frère du précédent et musicien bien connu des scènes jazz. Lui, il ne joue presque que d’un instrument, mais alors dans tous les sens ! Comme Obélix, il est tombé dans une guitare quand il était petit et, depuis mes débuts (années 70…), il me fait l’amitié et l’honneur (comme son frère) de m’accompagner dans toutes mes divagations sonores. La fin du morceau, quelque peu tibétaine, est de son cru car ce guitariste se plait au Népal où il se rend en pèlerinage quasiment chaque année. Pèlerinage ? Nous verrons que le mot est important quand nous aborderons en fin d’article la signification « D’entre deux ».

Cette guitare permet d’effleurer un nouveau point technique : le recording (enregistrer « Henri Cording » comme s’esclaffait Henri Salvador !) ou plutôt le « recording studio » est une technique rapidement instituée par les studios utilisant des enregistreurs multipistes : chaque musicien enregistre tour à tour, chacun sur une piste différente, le musicien suivant pouvant entendre les pistes enregistrées précédemment pour enregistrer la sienne propre. Au final, cela permet de mixer tous les instruments (toutes les pistes) avec des volumes, des effets et des sonorités propres. C’est bien entendu grâce à ce procédé que Daniel Givone a pu jouer 2 fois sur les mêmes parties du morceau.

Guitare nylon + guitare rythmique + guitare solo

 

Fin du morceau

Et justement nous abordons maintenant la fin « D’entre deux », en détricotant les différentes interventions des instruments. Ici, la batterie est utilisée comme instrument de percussion, avec des phrasés courts, mélodiques et presque faits pour « casser le rythme ».

 

Le rythme est assuré d’abord par le tabla. C’est une percussion de l’Inde du Nord, également joué au Pakistan, au Bangladesh, au Népal et en Afghanistan.

Il est relayé par les noix qui vont marquer les temps en fin de période.

Rythmique de fin : batterie, tabla, noix

 

Sur cette rythmique, intervient un sax soprane rappelant le jeu lancinant des cors himalayens et joué par un Jérôme Valognes qu’on croirait presque tombé en religion.

 

Enfin il y a ces deux guitares, situées aux extrêmes du panoramique (droite-gauche) mais réunies dans une sorte de communion rythmique.

Le mixage final d'Entre deux (remix 2025)

Entre deux, musique (et paroles) CE Labadille 2009, extrait de l’album « Musiques sans paroles » 2009

J’ai choisi Entre deux » pour cette seconde « musiscopie », d’abord pour ne pas vous présenter ici que du Souchon et du Voulzy, à force, vous pourriez vous lasser ! Bien sûr, je plaisante… Non, j’ai choisi « Entre d’eux » parce qu’à mon sens c’est une chanson importante, au moins pour trois raisons.

La première, c’est qu’elle marque pour moi, en 2009, un retour à la musique, à la composition, après une longue interruption de 25 ans sans toucher un instrument ni écouter un disque ou un CD ! Très particulier comme comportement me direz-vous, presque enfantin, voire caractériel ! À bien y réfléchir, certainement… Après 15 ans à avoir vécu de la chanson et de la musique, lassitude ? Après 15 ans à entendre les mêmes rengaines à la radio et à la télé, hormis quelques exceptions, à voir la chanson dite « française » se fourvoyer dans des parcours plus qu’incertains qui ne donnent guère envie de se revendiquer de cette « école », découragement ? Ou alors, besoin soudain d’autre chose, pour ma part appel de la nature et d’une implication écologique plus prometteuse qui, face aux enjeux, devient également plus exclusive ? Va savoir…

Quoi qu’il en soit, « Entre deux » marque aussi les retrouvailles avec Jean-Claude et Daniel Givone, deux vieux complices des années 70, et voilà bien la seconde raison qui rend ce titre important : la trentaine de chansons swing qui suivront, les 3 CD du Trio Larigot créé avec les deux frères, en découleront naturellement.

Enfin, « Entre deux » soutient une philosophie, une politique si vous préférez, que pour ma part  je trouve essentielle. Un petit retour sur paroles s’impose puisque, dans cet instrumental, ces dernières ont été injustement évincées !

Les refrains résument bien certaines convictions :

« Entre deux Entre terre et les cieux, au milieu    Entre les passionnés   Je pourrai tolérer »

 « Entre deux  Entre l’eau et le feu, au milieu   Entre le nord le sud   Il y’a le tempéré   Entre deux latitudes   Je pourrai tolérer »

 Voilà la réponse de ces deux refrains apportée aux couplets qui, pour leur part, conjuguent quelques extrémismes : en matière religieuse, de conflits armés et même climatique, car il faut bien garder un peu d’humour… Il s’agit donc d’un plaidoyer en faveur d’un certain bon sens, d’une certaine compréhension et, entre deux, d’un juste milieu qui ne sont pas, il faut l’avouer, les choses les mieux partagées dans ce bas monde (si jamais il y en a un haut…). Précisons néanmoins que ces valeurs n’ont rien à voir avec le compromis, la compromission, un positionnement au centre, une sorte de « ventre mou » installé entre des utopies radicalement opposées. L’adepte du juste milieu a des rêves tout aussi fous que ceux des directeurs de conscience et des chefs d’armée de tout poil ! Mais il apprend à tempérer quelques enthousiasmes, à relativiser, à tolérer et à admettre une pensée multiforme… Ceci dit, qui peut se targuer de détenir le bon sens, d’être parvenu à ce juste milieu ? Malheureusement, pas plus moi qu’un autre… Cependant, n’est-ce pas l’effort de vouloir s’en approcher qui peut nous grandir ?

On a souvent reproché à Georges Brassens son : « Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente ». Pour ma part, j’adhère à cette formule, bien qu’il faille reconnaître que ne pas s’impliquer directement n’est pas toujours facile. Pourtant, avant même de mourir pour elles, les idées, les idéologies, les croyances devraient être réfléchies, relativisées, et replacées à leur juste place : celle de la vie d’hommes désireux de se dépasser, de surpasser une condition justement trop humaine. Mais dans cette recherche d’un meilleur, le prix à payer, notamment auprès des autres, mérite toujours d’être pris en compte. Car comme le dit également le poète : «  Encore s’il suffisait   De quelques hécatombes   Pour qu’enfin tout changeât, qu’enfin tout s’arrangeât… » mais comme nous pouvons en juger, les siècles passent, les dieux et les maîtres aussi, pendant que nos histoires se répètent et ne s’arrangent pas… En conclusion, un peu de non-violence et de méditation tibétaine s’imposent peut-être, du moins pour finir cette chanson…