Charles-érick LABADILLE
Publié le 5 septembre 2026, par Charles-Erik Labadille
Charles-érick Labadille a choisi la voie de l’humour et des jeux de mots qui permettent d’afficher l’incohérence de certaines situations ; il défend également avec plaisir des personnages généralement taxés d’insignifiants. Bien entendu, CE Labadille est bien moins connu que les autres auteurs rassemblés dans cette anthologie, il est même méconnu, on pourrait aller jusqu’à dire que c’est « l’inconnu de la chanson d’humour ». Mais il en faut bien un et, par ailleurs, trois autres types plutôt drôles avaient déjà choisi ce nom (les Inconnus, bien sûr), alors… Alors, pourquoi ranger ici cet inconnu plutôt qu’un autre. Tout simplement parce que nous le connaissons bien, alors ça nous arrange, que les inconnus méritent aussi d’avoir la parole et, avouons-le, parce qu’il nous a grassement payé pour avoir sa place dans cette anthologie. Mais attention ! Ce n’est pas un inconnu ni un humoriste de la dernière pluie. Déjà, en 1980 (eh oui, il y a presque un demi-siècle), il affirmait déjà dans une de ses premières chansons au titre prometteur, Chanson à la con :
« Mais Dieu doit être sourd et j’attends son miracle Ne fera-t-il rien pour me porter au pinacle Je ne suis pas pressé mais si ça continue Je serai oublié avant d’être connu Tout juste mal aimé et même pas maudit Comment mettre mes pieds dans leurs anthologies Mes mots les plus touchants ne sont pas au Littré Je suis le grand absent du Larousse illustré »
Déjà tout un programme et un titre prémonitoire si l’on en juge par la suite… En l’entendant, on croit revoir ce film où l’acteur-musicien Darry Cowl, totalement désabusé, joue du piano dans un bar où personne ne l’écoute. CE Labadille, avec également un passé chargé, a donc rapidement appris à manier l’autodérision, un domaine dans lequel il excelle et que nous ne résistons pas à vous présenter au travers de quelques citations souriantes.
CE Labadille s’est également produit dans les groupes Arkham et Formes, sous le pseudonyme de CéLab, dans le Trio Larigot avec les frères Givone, dans le groupe Salvéda, montrant encore une fois que, dilettante presque professionnel, il n’a aucune constance au point de ne même pas être capable de se choisir un véritable nom de scène ! Néanmoins, il s’est toujours inscrit dans le registre d’une chanson souriante. CE Labadille est donc un fabuliste moderne : ses fables chantées, dont son maître Jean de La Fontaine n’aurait peut-être pas à rougir, traitent en particulier :
du Normand dont le triste caractère est un reflet du climat local :
« Où est ce paradis ce pays de cocagne Qui sent le parapluie et le passe-montagne Tout petit j’y suis né n’en suis jamais sorti Depuis vingt ans je vais revoir ma Normandie »
de ces transports en commun plus efficaces que la jaguar pour séduire les filles :
« Moi je me sers de l’autobus car j’y voyage sans problèmes J’ai un chauffeur comm’ le Négus pour le mêm’ prix j’ai un harem Mais avoir autant de compagnes ne m’empêch’ pas d’êtr’ prévenant Et tous les soirs je raccompagne un nombr’ de fill’s impressionnant Et mêm’ si mes histoir’s d’amour finiss’nt aux arrêts d’autobus Je peux espérer qu’un beau jour l’un’ d’ell’s ira au terminus »
des relations sentimentales d’un voyeur myope :
« Trois à l’œil gauche et quatre à droite Quelque soit la pair’ de lunettes Au trois quarts myope et astigmate Je vais surtout à l’aveuglette Ça ne me gênerait pas beaucoup Si parfois pour me consoler Des filles bien intentionnées M’aidaient à traverser les clous »
de l’idylle enfin possible entre matheux et littéraires :
« Et comme les mathématiques La passionnaient de plus en plus Ils passèr’nt aux travaux pratiques Tout en parlant de cosinus Et ils en fur’nt récompensés Car ils prouvèr’nt par A + B Qu’1 + 1 au bout de neuf mois Ça fait pas deux mais ça fait trois »
de ces enfants que, parfois, on pendrait plutôt par le cou que par la main… car comme le disait Alphonse Allais : « il y a des jours où l’absence d’ogre se fait cruellement sentir »… :
« À huit ans nous écumions la Cité H.L.M. des Blancs Monts Il n’y avait guèr’ que la Mama Pour nous faire entendre raison Les épiciers et nos voisins Ne parlaient pas encor’ comm’ vous De prendre un enfant par la main Mais de nous pendre par le cou »
Il s’agit donc de chansons d’humour, souvent souriantes, parfois mélancoliques, ce qui n’aurait pas été pour déplaire à Raymond Queneau et Claude Nougaro, deux maîtres de Labadille. Pour la musique, ces chansons s’incrivent entre un guitar picking inspiré cette fois par Dick Annegarn et un swing mené « guitares battantes » par les deux frères Givone, Daniel et Jean-Claude, deux copains d’adolescence chaotique et insouciante…
» Petit manuel pour construire soi-même sa propre centrale nucléaire » (C.E. Labadille)
5 albums de 1980 à 2016 et une cinquantaine de chansons originales en français.