Les prés de pente. Le cas du Ménil-Hermei
Publié le 26 juillet 2025, par Charles-Erik Labadille
L’objectif de cet article sur les prairies de pente, paru dans le N° 18 de la revue « Orne Nature » (AFFO), était de faire un point sur un grand ensemble herbager assez caractéristique de la Normandie méridionale. Cet espace, soumis à des contraintes importantes (fortes pentes, accessibilité difficile) et donc à une exploitation extensive, nous semblait pouvoir présenter une richesse patrimoniale a priori importante.
Il faut l’admettre, l’inventaire du secteur du Ménil-Hermei ne nous a pas révélé ce à quoi nous nous attendions ! 27 prés à saxifrages granulés, c’est déjà bien mais ça ne semble pas « peser lourd » dans la balance des grandes mutations auxquelles ce début de siècle est livré. Alors pourquoi publier cette carte ? Eh bien, parce qu’à la réflexion, ces résultats mitigés dans un secteur pourtant prometteur nous invitent à réfléchir car ils pointent du doigt un autre phénomène que nous avions nous-même négligé jusqu’ici.
Comme d’autres, depuis les années 80, nous avons participé à l’inventaire (bénévole…) de nos richesses naturelles, signalant aux institutions les espaces et les espèces constituant notre patrimoine. Aujourd’hui, il semble que soit plutôt venue l’heure de signaler qu’en 2025 nous vivons dans un état alarmant de bio-appauvrissement, de biodégradation, bref de bioprécarité ! Pour vous en persuader, il suffit juste de lire entre les lignes de l’inventaire du Ménil-Hermei : même dans une zone affichant de fortes contraintes naturelles, même dans une zone enclavée éloignée des contaminations urbaines et industrielles, même dans un petit coin perdu où l’on pourrait croire au sanctuaire, la nature « végète », la nature souffrote ! Bien sûr, on trouve encore ponctuellement aux alentours du Ménil-Hermei les rares capillaire du nord, spiranthe d’automne, spergule de Morison, dompte-venin, sanguisorbe officinale, oenanthe faux-boucage…, mais leur emprise spatiale est de plus en plus réduite, comme ces prés de pente d’où les saxifrages granulés et les orchis bouffons disparaissent peu à peu.
Ces résultats décevants laissent présager de l’état de la biodiversité des secteurs favorables aux activités humaines, c’est-à-dire de la majorité des espaces ! Quant à l’acceptation-même du concept d’espèce protégée, d’espace protégé, de sanctuaire, de réserve naturelle, c’est déjà la reconnaissance de cette bioprécarité généralisée.
Bien entendu, on pourra taxer ce discours d’alarmiste et croire, un peu plus loin que le Ménil-Hermei, à l’infinie biodiversité des mers, des pôles, des grandes forêts, des vraies montagnes… Mais au risque de décevoir les éternels satisfaits, toutes les portions « accessibles et vivables » de ces milieux ont déjà entamé leur descente aux enfers et leur biodiversité s’amenuise à grands pas : montagnes « arnachées » et soumises au sur-tourisme ; forêts tropicales surexploitées ; calottes qui fondent ; océans poubelles à plastiques et déchirés par les réseaux sous-marins et les porte-conteneurs…
On peut même aller encore plus loin et, toujours pleins de motivation et d’énergie, faire partie de la grande aventure humaine et suivre Elon Musk et SpaceX, pour continuer le sabotage sur la planète Mars ! L’inventaire de Ménil-Hermei, aussi petit soit-il, nous suggère pour sa part d’agir rapidement contre la bioprécarité, la bioérosion qui nous entoure et qui avance à grand pas. À vous de choisir votre équipe !